Le défi au temps

s-l500 (1)cEn 2014, Adrien Gombeaud demandait à ses lecteurs sur le site Les Echos.fr s’ils étaient Marianne ou Mireille, autrement dit Faithfull ou Mathieu ? Après l’introduction d’Adrien Gombeaux, Je vous donne en lecture ce qui s’est dit Mireille. Pour lire ce qui s’est dit sur Marianne Faithfull, cliquez ici

Il faut se rendre à l’évidence : ces deux femmes sont bien contemporaines. Mireille et Marianne ont traversé les mêmes époques, les mêmes bouleversements sociaux. De l’après-guerre à la chute du mur de Berlin, du mange-disque à l’iPhone, de Spoutnik à Facebook… leurs répertoires scandent un demi-siècle. Si l’on s’amuse souvent à séparer les admirateurs des Beatles et ceux des Rolling Stones, personne n’a jusqu’ici osé opposer Mireille Mathieu à Marianne Faithfull. Envisager de les comparer revient déjà à les rapprocher, ce qui paraît incongru. Ceux qui grattaient du Marianne Faithfull à la guitare autour d’un feu de camp ne s’identifient pas du tout à ceux qui tombaient amoureux au bal des pompiers sur du Mireille Mathieu.

Et pourtant, n’y a-t-il pas dans le plus Faithfull d’entre nous une part de Mathieu ? Et inversement. Enfin, outre le fait que Mireille fut le buste de notre Marianne dans les mairies, ces deux artistes partagent un point commun. Elles sont, chacune à leur façon, indestructibles et indémodables. L’une n’a jamais appartenu à son temps, l’autre l’a toujours défié.

La ville de la source.

Avignon. Fille d’un maçon, aînée de 14 enfants, Mireille Mathieu est repérée lors d’un concours local et se hisse jusqu’à Paris à coups de radios et télé-crochets. Avec le succès, elle s’installera à Neuilly près de la Seine… sans jamais perdre tout à fait l’accent des confluents du Rhône et de la Durance. Mireille, par la voix, reste liée pour toujours aux bonheurs de la France méridionale et à son imaginaire ensoleillé.

Le mentor

En réalité, il s’appelait Roger, on le surnommait aussi « monsieur 15 % ». En 1965, l’imprésario Johnny Stark avait déjà construit la fusée qui avait accroché Johnny Hallyday au firmament des yéyés. Séduit par la voix tonitruante de Mireille Mathieu lors d’un passage télé, il restera son agent jusqu’à sa mort en 1989. De Line Renaud à Sylvie Vartan, Stark a géré la carrière de plusieurs vedettes françaises mais sa relation avec Mireille Mathieu est si fusionnelle qu’il repose aujourd’hui dans le caveau familial des Mathieu à Avignon.

s-l500 (7)La voix

La voix de Mireille Mathieu est un stradivarius entretenu par le plus soigneux des luthiers. Le maestro peut vieillir, le son de l’instrument restera clair et tranchant. Quand tous les yéyés chantaient à l’américaine en malaxant le français comme du bubble gum, Mireille continuait de rouler les « r  » au fond de sa gorge à la façon des années quarante. Elle demeure fidèle à la diction de l’idole insurpassable : Edith Piaf. Mireille chante en allemand, en japonais, en russe… mais partout cette voix est celle d’une France fantasmée, un peu kitsch, la voix de la tour Eiffel et de la baguette, celle d’une langue qui fait rimer « l’amour » avec « toujours « .

Les cheveux

Noirs et strictement coupés au bol depuis l’éternité. Ce casque inoxydable relie le mythe de Mireille à celui de Jeanne d’Arc. On note bien de rares variations mais la chevelure reste à l’image de sa voix : indéboulonnable. De temps en temps, quand la voix se lance dans un salto spectaculaire, la chanteuse secoue la tête. L’espace d’un instant, les mèches frissonnent. Puis la voix retombe sur ses pieds et les cheveux rentrent dans le rang.

s-l640Le refrain culte

« Que l’on touche à la liberté/Et Paris se met en colère/Et Paris commence à gronder/Et le lendemain, c’est la guerre/Paris se réveille/Et il ouvre ses prisons/Paris a la fièvre/Il la soigne à sa façon. « 

La reprise inoubliable

Si Mireille Mathieu est l’incarnation de la chanson française, une partie de son répertoire est constituée de reprises en français de hits anglo-saxons dont le légendaire « Je suis une femme amoureuse « , sa version de « Woman in love » de Barbra Streisand. Cette tradition désuète donne parfois lieu à d’étranges adaptations. Ainsi « The Winner takes it all » de ABBA devint en 1981, chez Mireille, l’étonnant « Bravo tu as gagné, et moi j’ai tout perdu. On s’est tellement aimé, on ne s’aime plus « .

Les duos étrangers

Vedette de l’ORTF, Mireille Mathieu a chanté avec le gratin des stars françaises des années soixante : Charles Aznavour, Claude François, Michel Sardou, Dalida… On trouve sur Internet quelques surprenants moments de télé, dont une reprise de « Cucurrucucu Paloma  » avec Demis Roussos entouré de mariachis en sombrero. La « demoiselle d’Avignon  » semble aussi totalement anachronique à côté d’un Hallyday. Et pourtant, Johnny reste un phénomène purement hexagonal qui déplace par charter ses fans français à son concert de Las Vegas. Mireille connaîtra, elle, une vraie carrière internationale, chantant avec des vedettes allemandes, japonaises, russes… et toujours devant des cartes postales de Paris.

Source : Adrien Gombeaud – Les Echos.fr (10.10.2014)
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