Le Grand Echiquier de 1987 avec Mireille Mathieu (A2)

64074-jacques-chancel-637x0-1.jpgL’émission « Le Grand Echiquier » était organisée autour d’un invité prestigieux et occupait toute la soirée sur une durée d’environ trois heures. Elle alternait les performances de l’invité principal, interviews de ce même invité (généralement plutôt pertinentes et bien menées comme souvent par Jacques Chancel), artistes proches, petits reportages en extérieur, discussions informelles, voire intimes.
Les invités étaient généralement des personnages à forte personnalité, capables de servir de fil rouge à une émission de trois heures.

HISTORICO43.jpgEn novembre 1987, Mireille Mathieu, Jacques Chancel lui consacre un Grand Echiquier spécial où elle interprète plusieurs mélodies classiques. Sa première autobiographie « Oui, je crois » rédigée avec Jacqueline Cartier (éditions Robert Laffont) venait de paraître et se classait en tête des ventes.
Etaient notamment présents à ce Grand Echiquier : Janine Reiss, Mstislav Rostropovith, Jean Lefebvre, Henri Verneuil, Placido Domingo.
 

janine reiss_modifié-1.jpgJanine Reiss a été le chef de chant de Maria Callas, de Placido Domingo, de Luciano Pavarotti, de Ruggiero Raimondi. Mais elle a surtout été le tuteur, le guide de centaines de chanteurs, connus ou inconnus, qu’elle a formés à l’esprit de l’opéra. Cet esprit de l’opéra, c’est d’abord le respect du texte : celui qui a inspiré le compositeur, celui qui contient les germes du drame. Compréhension, articulation et incarnation ont été la trilogie sacrée des dadas de Janine Reiss. Intraitable, elle n’a jamais cédé. Les plus grands l’ont bénie, les plus paresseux l’ont maudite. Mais tous lui doivent une part de leur succès. (Olivier Bellamy). Elle a fait quelques incursions dans le domaine des variétés en faisant travailler par exemple Mireille Mathieu qu’elle a rencontré lors du Grand Echiquier de 1983 consacré à Placido Domingo.  

En 2006, Brice Depasse de RADIO NOSTALGIE et gestionnaire du blog Lire est un plaisir (http://lireestunplaisir.skynetblogs.be) interviewait Jacques Chancel. « MM-Avignon » lui avait demandé de poser une question relative au Grand Echiquier de 1987 consacré à Mireille Mathieu. Voici la réponse de Jacques Chancel. (N’ayant plus le « postcast » contenant cette interview, je vous écris la réponse qui était orale.) 

m_c672183f93778924fc4173d90f9300ab.jpgBrice Depasse : Monsieur Chancel, vous avez surpris le public français en consacrant un « Grand Echiquier » à Mireille Mathieu dans les années 80. A l’issue de l’émission, qui a duré près de trois heures, vous avez déclaré que Mireille était un phénomène incontournable dans le contexte culturel français et que cela vous intriguait (je cite de mémoire). Ne doit-on pas à votre talent journalistique le fait d’avoir révélé au grand public la personnalité de Mireille Mathieu ? Vous avez su créer le climat de confiance propice aux confidences et sans lequel rien n’est possible avec Mireille. Etait-il déjà possible de pressentir l’éclipse qui frapperait malgré tout Mireille Mathieu en France peu après la diffusion de votre « Grand Echiquier » ?

Jacques Chancel : Alors, je ne me souviens pas du tout avoir dit que Mireille Mathieu était un événement culturel. En revanche, Mireille Mathieu était un personnage populaire. On aurait pu dire – dans son temps – la même chose d’Edith Piaf, alors que maintenant Piaf est devenue emblématique.
 Mais je me souviens très bien de cette émission parce que le nombre de ceux qui souhaitaient y participer était énorme. Parmi eux, les plus grands. Par exemple : Placido Domingo, qui est quand même une des plus grands voix de ces temps. Il a dit : « Je veux participer, je veux chanter avec elle. » Il y avait aussi Ruggiero Raimundi… Tous ces gens-là… Il y avait un grand orchestre pour l’accompagner…
 Et puis il y a eu ce qui est tout à fait normal dans une vie… Bon, il y a eu cette éclipse : elle a perdu son mentor [Johnny Stark] à un certain moment. Elle s’est éclatée sur d’autres planètes. Elle a été oubliée par la France.
Là elle est en train de faire un petit come back ; elle voudrait revenir…
Mais elle a eu son époque.
Et puis, vous savez… l’époque d’aujourd’hui, comme il y a eu l’époque des yé-yé, – elle est troublée par les rappeurs… et tout ça va à une vitesse extrême !
Peut-être que demain on reprendra les chansons de Mireille Mathieu. Mais aujourd’hui c’est vrai que ça fait un peu ringard de l’écouter. Mais le personnage existe.
A ce moment-là [à l’époque du Grand Echiquier], Mireille Mathieu était sûrement la chanteuse la plus reconnue dans le monde. Et c’était amusant de faire ça. Et puis il y avait eu de ma part provocation… Je sortais de Jessy Norman, grande voix devant l’Eternel ; tout de suite après je fais Mireille Mathieu, ensuite Karajan avec le Philharmonique de Berlin. Moi ça m’amusait.
Ce que j’aime, ce sont les contrastes et tout ce qui peut agacer beaucoup.
 

Sources : Wikipédia.fr ; radio classique (Olivier Bellami) ; blog « Lire est un plaisir » ; blog « MM-Avignon » (2006). 

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Michel Legrand a composé « Tous mes rêves » sur un texte de Jean Dréjac pour le Grand Echiquier consacré Placido Domingo en novembre 1983.
Placido Domingo et Mireille Mathieu ont ainsi créé ensemble ce soir là cette aria restée inédite. Mirchel Legrand dirige l’Orchestre National de France.

 

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avis_modifié-2.jpgStefan Mathieu. – Bonjour mon cher Ricochet, – Je ne sais pas si la Mathieu n’est pas la « tasse de thé » de Jacques Chancel, en tout cas je ne remercierai jamais assez ce grand journaliste/animateur d’avoir consacré en 1987 un « grand échiquier » à notre star, qui s’en est donné à coeur joie ce soir là ! Enfin la vraie Mireille, celle qui pétille, celle qui chante, celle qui parle !!!. Malheureusement ça n’a duré que 3 heures…
Bisous ensoleillés à vous tous de la Côte d’Azur. (Réaction du 27.05.2006)

avis_modifié-2.jpgGuy Labat. – Bonjour. Je possède l’enregistrement de cette emission en totalitè. J’y étais. [Pour l’instant] j’ai pas le temps de la revoir mais il me semble que le petit Charles était absent? Le covoiturage d’un fan en détresse a Strasbourg pour le concert de Baden s’est terminè a Royan au mois de juillet ou le chauffeur a passé une semaine. Tu vois après des rencontres des promesses de tourneès parfois tout peut arriver a bientôt.

avis_modifié-2.jpgRicochet @ Guy Labat. – Je fais confiance à ta mémoire plus qu’à la mienne. Je me souviens d’avoir vu le petit Charles interpréter « Tous les bateaux sont partis » (Charles Aznavour) dans un Grand Echiquier où MM était présente avec Placido Domingo. C’était donc 1983 ? Le duo MM/Domingo aurait dès lors été rediffiusé au cours d’émission de 1987. Je compte sur la mémoire des fans pour m’y retrouver… près de 26 ans plus tard… à moins que tu aies le courage de revoir l’émission à la vitesse v’, comme quand on cherche la grande scène d’un bon vieux film. En attendant, je retire le nom d’Aznavour. Merci de me permettre d’approcher encore mieux la vérité historique. 

avis_modifié-2.jpgJames. – Je deteste le ton un peu méprisant de J Chancel… Oui, j’ai invité MM mais elle était incontournable ce n’est pas un choix personnel semble-t-il dire. En tout cas, il a fait à cette époque un très bon score avec cette émission et je regrette qu’il n’ai été donné à Mireille que très peu d’occasions de s’exprimer de la sorte ».

avis_modifié-2.jpgRicochet @ James. – Comme vous la réponse m’a surpis et m’a semblé manquer de franchise. Je suis affirmatif sur ce point : à l’époque, il n’avait pu cacher son « admiration » pour la prestation de Mireille.

avis_modifié-2.jpgDan – Personnellement, je considère que le fait d’avoir cherché à travailler sa voix avec Mme Janine Reiss fut la plus grosse erreur de MM. Non pas que je ne respecte pas Mme Reiss – qui au demeurant est une bonne chef de chant pour le répertoire lyrique – mais justement : c’est une chef de chant, une pianiste et non une prof de chant. La nuance est de taille. Les chanteurs lyriques le savent bien. Une chef de chant met le répertoire en place musicalement avec l’artiste, mais n’est pas apte à entrer de plein pied dans la technique vocale. Or, Mireille Mathieu, avec Stark, pensait qu’il y aurait un certain prestige à clamer un travail avec Janine Reiss. Un lien d’amitié c’est sûrement tissé entre la chanteuse et la chef de chant (Mme Reiss est une femme sympathique) mais ce fut le début des ennuis vocaux. C’est à cette époque que Mireille changea quelque peu son émission, élargissant son point de vibration et tassant la voix (c’est un peu la grenouille voulant devenir boeuf, selon la fable). Il en résulta des soucis de justesse qui allèrent croissant au fil des ans. Heureusement, elle avait la voix solide et elle résista longtemps. Ce changement technique s’entend déjà dans l’album « Made in France » où l’artiste commence à taper dans le capital vocal. »

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2 commentaires sur « Le Grand Echiquier de 1987 avec Mireille Mathieu (A2) »

  1. Personnellement, je considère que le fait d’avoir cherché à travailler sa voix avec Mme Janine Reiss fut la plus grosse erreur de MM. Non pas que je ne respecte pas Mme Reiss – qui au demeurant est une bonne chef de chant pour le répertoire lyrique – mais justement : c’est une chef de chant, une pianiste et non une prof de chant. La nuance est de taille. Les chanteurs lyrique le savent bien. Une chef de chant met le répertoire en place musicalement avec l’artiste, mais n’est pas apte à entrer de plein pied dans la technique vocale. Or, Mireille Mathieu, avec Stark, pensait qu’il y aurait un certain prestige à clamer un travail avec Janine Reiss. Un lien d’amitié c’est sûrement tissé entre la chanteuse et la chef de chant (Mme Reiss est une femme sympathique) mais ce fut le début des ennuis vocaux. C’est à cette époque que Mireille changea quelque peu son émission, élargissant son point de vibration et tassant la voix (c’est un peu la grenouille voulant devenir boeuf, selon la fable). Il en résulta des soucis de justesse qui allèrent croissant au fil des ans. Heureusement, elle avait la voix solide et elle résista longtemps. Ce changement technique s’entend déjà dans l’album « Made in France » où l’artiste commence à taper dans le capital vocal.

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  2. je deteste le ton un peu méprisant de J Chancel … oui, j’ai invité MM mais elle était incontournable ce n’est pas un choix personnel semble-t-il dire en tout cas il a fait à cette époque un très bon score avec cette émission et je regrette qu’il n’ai été donné à Mireille que très peu d’occasions de s’exprimer de la sorte

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